Le Tchadanthropus Tribune

jeudi 9 juin 2011

Mahamat Saleh Haroun : Nous avons besoin de territoires d’épanouissement

Entretien avec le cinéaste tchadien Mahamat Saleh Haroun, qui avait critiqué ouvertement le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou en mars dernier, et s'interroge sur l'avenir du 7e art africain.

Rencontré durant le Festival de Cannes, où il faisait parti du jury officiel, le cinéaste tchadien Mahamat Saleh Haroun avait déclenché un beau vacarme en critiquant ouvertement ce qu’est devenu le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco) lors de sa 22e édition en mars dernier au Burkina Faso.

En dénonçant les dérives et scléroses de la plus importante vitrine du cinéma africain, le réalisateur d’Abouna et de Daratt contribuait à réinterroger l’état et l’avenir du cinéma africain de manière plus large. Un cinéma dont il est aujourd’hui, artistiquement et politiquement, une figure majeure.



Mahamat Saleh Haroun - Quand j’ai émis mes critiques, je n’avais pas conscience du désir de changement chez les cinéastes africains. Ce que j’ai dit s’adressait aux politiques. Il y a à l’évidence une sclérose, une absence de vision pour inscrire ce lieu mythique qu’est le Fespaco dans l’état contemporain du cinéma en général, et a fortiori dans son avenir.

C’est lié, même si à l’époque je n’ai pas voulu le formuler, à la situation politique dans le pays lui-même, au Burkina. Il y a une usure du pouvoir, et le Fespaco est devenu une sorte de tribune pour le pouvoir burkinabè, auquel les cinéastes doivent prêter allégeance. A la cérémonie de clôture, tous les membres des différents jurys, soit une trentaine de personnalités du cinéma africain, doivent faire la queue pour aller serrer la main du président de la République, qui se trouve près de deux mètres en surplomb.

Je me souviens qu’il y a deux ans, l’Office du tourisme donnait aux lauréats un chapeau et il fallait venir se découvrir devant le président Compaoré pour recevoir son prix. Il y a une utilisation politicienne, malsaine, du Fespaco. J’ai voulu faire entendre que le Fespaco devait être une célébration du cinéma et de lui seul, pas d’un pouvoir quel qu’il soit.

Aujourd’hui, il y a urgence à ce que le Fespaco trouve son autonomie. Il faut qu’il cesse d’appartenir à l’Etat burkinabè, et que sa direction ne soit plus une étape dans la carrière des hommes politiques locaux.

Il y a aussi la question du numérique. Il est aberrant aujourd’hui que les films présentés sur support numérique ne puissent pas concourir. Ce sont des combats d’arrière-garde. C’est pourquoi j’ai dit que «la pensée a déserté le cinéma»; il n’y a plus de réflexion sur la situation contemporaine et ses implications. C’est d’ailleurs aussi le thème de mes films: la question de la responsabilité face aux problèmes qui se posent à mes personnages, et la manière dont ils fuient face à cette exigence. C’est ce à quoi on assiste, et pas seulement au Fespaco.

SlateAfrique - Vos déclarations ont rencontré un écho important…

M.S.H - Oui, surtout de la part de jeunes réalisateurs. Les réalisateurs burkinabè sont les premiers à souffrir de la situation, et eux ne peuvent rien dire.

SlateAfrique - On est face à un paradoxe, du moins en apparence: vous dénoncez une présence excessive de l’Etat, alors que d’une manière générale c’est plutôt l’indifférence des Etats au cinéma qui est dénoncé en Afrique.

M.S.H - Cette contradiction est en fait une illusion d’optique; c’est la même chose. Les politiques en Afrique ne comprennent rien, nous manquons de ce que la philosophe Cynthia Fleury appelle «les Courageux», ceux qui sont capables d’agir sans étendre un bénéfice immédiat. Avec le Fespaco on a affaire à des gens qui l’utilisent pour leurs propres intérêts. Ailleurs, comme ils n’y voient pas de bénéfice immédiat ils ne font rien.

SlateAfrique - C’est un peu différent au Tchad.

M.S.H - La fierté née de la reconnaissance internationale qui a accompagné Un homme qui crie [le film de Mahamat Saleh Haroun qui a reçu le Prix du jury au Festival de Cannes 2010, ndlr] a aidé à ce que le gouvernement prenne conscience qu’il y avait en enjeu, et qu’il se devait d’accompagner le mouvement. Maintenant, il faut travailler à établir la bonne distance entre le cinéma et l’Etat, cette distance qui manque à présent au Burkina.

SlateAfrique - Tout ce qui s’est passé dans le cinéma depuis le début des années 90 en Afrique subsaharienne —hormis le cas sud-africain— est dû uniquement à des individus. C’est ce qui en fait la fragilité.

M.S.H - Absolument. Le cinéma a besoin de collectif, de structures. Un des enjeux essentiels à mes yeux aujourd’hui est la création d’écoles de cinéma. Nous souffrons d’un terrible isolement, il faut des lieux qui soient des creusets, des espaces d’échange et de construction collective en même temps que d’apprentissage. Sinon, nous aurons sans doute encore des personnalités remarquables comme Sambene Ousmane, Souleymane Cissé ou Idrissa Ouedraogo, mais sans que leur talent et leur énergie permettent de construire quelque chose de durable.

Nous avons aussi besoin de formation pour que les nouveaux venus qui apparaissent dans le cinéma aient une chance de s’inscrire dans une certaine durée. Cette question-là, on ne peut pas l’éviter en Afrique, on ne peut pas l’éviter. Tant qu’elle n’est pas prise en compte, nous assistons à la défaite de la pensée que je dénonce.

SlateAfrique - Le constat est le même pour toute l’Afrique, pour les zones francophones, anglophones et lusophones?

M.S.H - Oui, à l’exception de l’Afrique du Sud où les conditions sont différentes. Ailleurs on est dans les mêmes cafouillages. Il faut bâtir avec ces jeunes qui aiment le cinéma. J’en rencontre qui, à 20 ans, ont vu 1.000 films de Bollywood, qui parlent hindi rien qu’à cause de ces films, regardés sans sous-titres.

Nous avons besoin de ces gens-là, à condition de les aider à aller ailleurs. Il ne s’agit pas de former uniquement des réalisateurs, surtout pas, il faut des gens à tous les postes pour que nous puissions atteindre une certaine régularité dans la production. Ce devrait être le rôle des Etats.

SlateAfrique - La Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci) est-elle en mesure de jouer un rôle pour obtenir une telle action des responsables politiques?

M.S.H - Il me semble que ce devrait être son rôle principal. Pour exister, nos films ont besoin de ce que j’appelle un «territoire d’épanouissement»: pour marcher, ils ont besoin d’un espace de déploiement —espace symbolique, matériel, technique, financier, professionnel, médiatique, espace politique. Il faut qu’existe au départ la possibilité de respirer, pour pouvoir ensuite se développer. Comme il est clair que les gouvernements ne le feront pas d’eux-mêmes, c’est aux cinéastes d’agir pour les convaincre.

SlateAfrique - Sont-ils disposés à le faire?

M.S.H - Le problème est que, pour de multiples raisons souvent très légitimes, les cinéastes sont en situation d’opposition sur le plan politique avec les gouvernements de leur pays. Du coup, ils ne veulent pas leur adresser la parole, ils ne veulent rien demander. Je pense que c’est une erreur. On ne peut pas attendre indéfiniment qu’un pouvoir qui nous plaise soit installé.

Il faut discuter avec ceux qui ont le contrôle de nos sociétés, et essayer de faire avancer les choses. Tout en gardant ses propres convictions, il ne faut pas jouer les saintes nitouches. Sinon rien n’avancera. La Fepaci devrait être la base commune des cinéastes sur laquelle s’appuyer pour lancer ces demandes aux différents gouvernements.

SlateAfrique - Le réalisateur tunisien Ferid Boughedir défend une initiative où Abdou Diouf, l’ancien président sénégalais, deviendrait au nom de la Fepaci une sorte d’ambassadeur auprès des gouvernements africains pour plaider la cause d’une politique de soutien au cinéma. Qu’en pensez-vous?

M.S.H - Pourquoi pas? Mais je m’interroge sur la capacité d’Abdou Diouf de mener une telle mission. Comme président, il a laissé le cinéma péricliter dans son pays. Mais aujourd’hui au Sénégal, un des pays les plus prospères du continent, il n’y a plus de salles de cinéma.

Il faudrait que les dirigeants de tous les pays s’engagent à maintenir au moins les salles existantes, et à interdire qu’elles deviennent des lieux de cultes après avoir été rachetées par des églises ou des sectes, comme ça arrive un peu partout. Je crois que c’est aux cinéastes de s’organiser et se mobiliser pour agir sur le gouvernement de leur pays, avec l’appui de la Fepaci.

SlateAfrique - Parmi les écoles existantes il y a celle de Gaston Kaboré à Ouaga, Imagine.

M.S.H - Ce qu’il a fait à Ouagadougou est très bien, mais ce n’est pas ce modèle que je défends. Son école, qui est une institution privée, propose des formations courtes. Pour ma part, je crois à la nécessité d’un enseignement sur plusieurs années, dans un cadre public, sur un schéma inspiré de La fémis ou de l’Insas en Belgique.

Il faut notamment mettre l’accent sur les modes d’écritures cinématographiques, avec un rapport à la cinéphilie, à l’héritage du langage cinématographique. Sinon, avec la facilité d’accès aux outils permise par le numérique, les gens brûlent les étapes et se perdent en chemin, ou répètent de vieilles erreurs.

Il faut une école où interviennent des auteurs et des critiques, et aussi des écrivains et des journalistes, pour apprendre à raconter, à décrire. Il faut pouvoir être créatifs au niveau réclamé par les standards internationaux, il n’est pas possible de rester dans notre coin. L’Afrique ne peut pas se permettre de rester isolée.

SlateAfrique - Vous considérez que, comme vous-même, les futurs réalisateurs africains devraient passer par une reconnaissance internationale pour pouvoir construire en Afrique?

M.S.H - Absolument. Sinon on reste confinés, «provincialisés». Il faut faire des détours, mais pour revenir sur son territoire. Mais le point essentiel est la formation. Et, j’insiste, pour tous les postes. Cela a aussi des incidences importantes sur les budgets: en Argentine, au Chili, partout en Amérique latine les films sont entièrement fabriqués par des professionnels compétents locaux. En Afrique, regardez les génériques: la plupart des postes techniques sont occupés par des Français ou d’autres Européens! Avec de multiples effets, notamment financiers.

Ça veut dire que plus de 50 ans après les indépendances, nous n’avons pas été capables de former des chefs opérateurs, des ingénieurs du son, des monteurs, tous ces gens qui sont essentiels à la construction de récits et de représentations. Et c’est bien entendu également vrai des acteurs —c’est sans doute encore plus important. Il faut former de nouvelles générations d’acteurs, d’acteurs de cinéma.

SlateAfrique - Vous avez réussi à faire rouvrir une salle à Ndjamena, le Normandie. Comment cela s’est-il passé?

M.S.H - Nous avons rénové la salle que j’avais filmée dans Bye-Bye Africa en 1998, qui était en ruines. On a obtenu un million d’euros. Le gouvernement a pris conscience de l’importance de l’enjeu et nous a aidé. Il a aussi voté une loi, qui n’a pas d’équivalent au sud du Sahara, selon laquelle un pourcentage est prélevé sur le coût de chaque communication avec les téléphones portables pour alimenter un fond de soutien au cinéma et à l’audiovisuel. Et le troisième aspect de cette action publique est le projet de création d’une école, qui m’a été demandé et que je présenterai au cours de l’été prochain. Elle doit ouvrir en 2013. Ces trois points dessinent le territoire d’épanouissement que j’appelle de mes vœux pour le cinéma en Afrique.

SlateAfrique - Quelle est l’étape suivante?

M.S.H - Il ne faut pas que cela se passe uniquement au Tchad, il faut que les réalisateurs s’organisent dans leur pays pour faire aussi avancer les choses ailleurs. J’irai dans d’autres pays pour essayer de susciter des mobilisations similaires, et mettre en place des dispositifs comparables. Il faut produire les conditions d’une certaine quantité et d’une certaine continuité, mais en se posant d’emblée la question de la qualité.

Le contre-exemple de Nollywood, avec ses milliers d’heures de productions sans intérêt, d’où n’est rien sorti en termes de cinéma malgré les grands espoirs que certains y ont mis à l’origine, montre qu’on ne peut pas tabler seulement sur la quantité. Il faut une formation de haut niveau. Nous ferons venir aussi des intervenants étrangers et établirons des partenariats avec d’autres écoles. Nous avons commencé à les mettre en place pour que des élèves puissent continuer leurs études dans d’autres écoles. Il ne faut pas rester isolés.

Post-scriptum: Quelques jours après l’entretien avec M.S. Haroun, un autre réalisateur, Bassek Ba Kobhio, inaugurait une autre école de cinéma à Yaoundé, au Cameroun, l’Institut supérieur de formation aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel de l’Afrique centrale (Iscac).


Propos recueillis par Jean-Michel Frodon

La crise libyenne vue de N’Djamena

Des trois bouleversements politiques qui affectent le Maghreb depuis le début de cette année 2011, la crise libyenne semble être le plus dangereux. Pour la Libye d’abord, puisque la révolte populaire a pris la forme d’une insurrection armée qui coupe le pays en deux ; pour les Occidentaux ensuite, puisque l’OTAN, sous-couvert de la résolution 1973 (2011) des Nations-unies et afin de protéger les populations civiles, s’est engagé aux côtés des rebelles, misant témérairement sur une guerre-éclair ; pour la région enfin, puisque le conflit « déborde », récemment en Tunisie, et que ses conséquences humanitaires commencent à se faire sentir dans les pays limitrophes.

C’est précisément cette régionalisation de la crise libyenne qui inquiète à N’Djamena, capitale pivot au Sahel, trait d’union géopolitique entre l’Afrique du nord arabe et l’Afrique subsaharienne. Cette régionalisation se manifeste par des milliers d’immigrés fuyant à travers l’immensité hostile du Sahara et par le recours à des soldats de fortune en provenance d’Afrique subsaharienne – des supplétifs africains « surpris » aux côtés de l’armée de Kadhafi au début des combats. La rapidité de la régionalisation de la crise montre que d’autres effets collatéraux, non anticipés et de plus long terme se profilent à l’horizon. Il s’agit des changements que la prévisible chute du Guide libyen ne manquera pas d’induire dans les pays du Sahel où, depuis longtemps déjà, celui-ci conjugue influence politique et présence économique. Au premier rang de ces pays se trouve le Tchad qui a été, durant les dernières décennies, le champ expérimental des mutations de la politique africaine de la Libye[i] et où la crise libyenne a le goût âcre de l’incertitude.

Le coût de la crise pour le Tchad : l’inversion d’une économie de migration

Aspect le plus évident pour l’instant, la crise libyenne a un coût pour le Tchad : celui de l’inversion d’une économie de migration entre les deux pays. La détérioration de la situation en Libye a eu des conséquences immédiates pour les immigrés subsahariens attirés depuis des années par la rente pétrolière. En dépit du racisme ambiant, ces immigrés ont eu accès à des emplois leur assurant des conditions de vie meilleures que dans leurs pays d’origine et leur permettant de compléter les revenus de leurs familles restées au pays.[ii] Si une vague récente de ces immigrés arrivés en Libye après la décennie 2000 (et originaires de pays lointains comme la Côte d’Ivoire, le Congo ou le Liberia) considère la Libye comme une simple étape avant l’Europe, il en va autrement des ressortissants tchadiens, nigériens, maliens et soudanais qui se sont installés dans une logique d’émigration durable depuis le boom pétrolier des années 1970. Tchadiens et Nigériens constituaient jusqu’au déclenchement de la crise les plus importantes communautés subsahariennes installées en Libye, les estimations les plus favorables chiffrant le nombre des migrants tchadiens en Libye entre 300.000 et 500.000 personnes.[iii]

Selon des organisations humanitaires, depuis le déclenchement de la crise libyenne, 64.000 tchadiens et autres personnes sont rentrés en catastrophe de Libye.[iv] Cette estimation semble cependant sous-évaluée car elle ne prend en compte que les immigrés ayant reçu une assistance humanitaire ou ayant transité par le Nord du Tchad. D’autres immigrés ont transité par l’Egypte, le Soudan et le Niger après avoir subi de nombreuses exactions et vols dont l’ampleur n’est pas encore connue. Si les chiffres sont encore approximatifs, l’impact humanitaire sur le terrain est bien réel : les autorités tchadiennes ont dû urgemment mettre sur pied un comité national de gestion de ce reflux migratoire et des camps de transit ont été créés à Faya Largeau, la principale ville du nord du pays. A court terme, les autorités tchadiennes prévoient un doublement de l’arrivée de ressortissants tchadiens, une augmentation des autres émigrés africains, mais aussi des réfugiés libyens. Pour ajouter à la confusion et aux zones d’ombres qui entourent les événements se déroulant actuellement en Libye, des opposants libyens et tchadiens ont affirmé, sans en apporter la preuve, que les camions acheminés pour transporter les candidats au retour auraient aussi servi à l’envoi de combattants aux côtés des forces pro-Kadhafi.[v] Cette affirmation a été à plusieurs reprises démentie par les autorités tchadiennes qui ont proposé le déploiement dans la région d’une présence humanitaire internationale.[vi]

L’économie d’une grande partie du Nord du Tchad qui dépend exclusivement de la Libye va sans aucun doute être affectée par une instabilité durable au pays du Guide. Mais l’autre dimension économique de la crise libyenne est la question des investissements de la Jamahiriya au Tchad car, durant la dernière décennie, la Libye ne s’est pas contentée de renforcer son influence politique en jouant le rôle de médiateur obligé, elle a aussi développé des intérêts économiques diversifiés et importants pour les milieux concernés.

Au Tchad, la Libye a investi tous azimuts et sans grande rationalité : dans le domaine immobilier à travers la construction d’un complexe hôtelier à N’Djamena, dans le domaine industriel où elle a financé une usine d’eau minérale, dans les secteurs agricole et énergétique, faisant le pari qu’une augmentation des capacités tchadiennes dans ces domaines serait bénéfique pour des investissements futurs. La Libye est également présente dans le secteur bancaire à travers la Banque commerciale du Chari et la Banque Sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce qui est un organe de la Communauté des Etats Sahélo-sahariens (CEN-SAD). En 2008 et 2009, le président Déby avait lancé officiellement des travaux de construction d’un complexe commercial libyen. En 2010, l’opérateur libyen de télécommunications Réseau vert a acquis pour 90 millions de dollars la quasi-totalité du capital de la Société de communication du Tchad et envisageait d’investir 100 millions de dollars dans le développement de l’entreprise.[vii]

Comment sauver ces projets lorsque l’on sait qu’ils sont avant tout le résultat de la proximité entre Mouammar Kadhafi et Idriss Déby, ce dernier ayant fondé une partie de sa politique économique (en dehors de l’alliance énergétique avec la Chine) sur la présence libyenne ? Jusqu’à présent, les autorités tchadiennes ne se sont pas prononcées sur cette délicate question, mais il n’est pas à exclure que des hommes d’affaires chaperonnés par le pouvoir ne s’accaparent ces investissements dans des conditions opaques ou que l’Etat tchadien, imitant le Rwanda,[viii] les saisisse avec les conséquences que cela implique sur les relations avec les futures autorités libyennes.

Les risques politiques de la crise libyenne pour le Tchad : le temps des incertitudes

Non seulement la crise libyenne a un coût socio-économique qui va en s’amplifiant mais elle présente aussi toute une série d’incertitudes politiques et sécuritaires qui ne peuvent être négligés par N’Djamena. Le premier risque pour les autorités tchadiennes est, bien sûr, celui d’une contagion déstabilisatrice au nord et à l’est, régions historiquement sensibles.

Le paradoxe de la géopolitique régionale est qu’après avoir été une force déstabilisatrice, la Libye a contribué à la pacification relative du Tibesti. Lorsqu’elle ne les a pas parrainés directement, Tripoli a été étroitement associé aux différents accords de paix entre gouvernement tchadien et groupes armés Toubous opérant au Tibesti, région située à la frontière des deux pays. A ces accords officiels, il convient d’ajouter de nombreux contacts plus ou moins secrets facilités par la Libye entre le président Déby et les opposants de cette région. Les bons offices libyens ont, par exemple, servi à obtenir le ralliement d’opposants et la conclusion d’accords de paix avec les principales factions du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), dernier groupe armé à être actif dans la région.[ix] Tout en renforçant son influence au Tchad, les interventions de Tripoli avaient aussi pour but d’éviter que l’instabilité au Tibesti ne déborde au sud de la Libye où vivent de nombreuses tribus Toubous.

Aujourd’hui, le gouvernement tchadien craint que la crise libyenne ne conduise à l’afflux de populations Toubous libyennes vers le Tibesti. Beaucoup de Toubous sont militarisés en raison de leur enrôlement dans la garde civile libyenne. Une connexion avec d’anciens rebelles du Tibesti, où la pacification demeure précaire, fait partie des plus grandes craintes de N’Djamena. Comme dans les années 1980, le « problème du Nord » pourrait être réactivé et menacer la stabilité du régime tchadien. Des déplacements de population dans cette région comportent un potentiel déstabilisateur identique à la crise du Darfour. En effet, le terreau sociopolitique des flux migratoires occasionnés par ces deux crises est semblable avec des déplacements de populations dans un espace où la rareté des ressources a toujours été un facteur de conflits et où la notion de frontière étatique n’a qu’une signification secondaire par rapport aux solidarités ethniques, tribales et claniques. De même que l’Est du Tchad et l’Ouest du Soudan ont des populations identiques régies par de nombreux systèmes d’alliances et contre-alliances, de même le Nord du Tchad et le Sud libyen ont en commun un groupe ethnique, les Toubous subdivisés en de nombreuses tribus potentiellement rivales.

A l’Est, la crise libyenne a été l’occasion d’une divergence de positionnement entre le Tchad et son ancien ennemi soudanais. Tandis que le président Déby a souligné le péril islamiste pour mettre en garde contre une éventuelle chute de Kadhafi, Omar Al Bashir, le chef de l’Etat soudanais a pris fait et cause pour le Conseil national de Transition (CNT). Cette divergence de vues aura-t-elle un impact sur le processus de réconciliation entre les deux pays ? Répondre par l’affirmative serait téméraire, car l’hostilité (sinon la méfiance) soudanaise constante vis-à-vis de Kadhafi n’a pas empêché le rapprochement avec le Tchad amorcé depuis deux ans et Khartoum et N’Djamena se sont récemment entendus sur la sécurisation de la zone des trois frontières (Centrafrique, Soudan, Tchad).[x]

L’élément perturbateur pourrait être le rôle que voudrait jouer Khalil Ibrahim, chef rebelle à la tête du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE). Le MJE est le principal groupe rebelle du Darfour qui a rejeté la signature d’un accord définitif de paix avec le gouvernement soudanais. Après avoir longtemps bénéficié de la protection du Tchad, Khalil Ibrahim a été expulsé du pays en avril 2011 parce qu’il gênait le processus de rapprochement entre N’Djamena et Khartoum. A la demande du président Déby, la Libye lui a accordé l’asile.[xi] Un éventuel retour de ce dernier au Darfour avec des armes acquises en Libye n’est pas à exclure. Selon le CNT et la presse d’opposition tchadienne, des combattants du MJE feraient actuellement partie des « mercenaires » combattant aux côtés des forces pro-Kadhafi. La localisation actuelle de Khalil Ibrahim lui-même est incertaine, mais les services de sécurité tchadiens estiment qu’il se trouve toujours en Libye. Le Tchad et le Soudan suivent attentivement ses mouvements car les deux pays pensent que lui et ses troupes pourraient remettre en cause la stabilité de la région s’ils ne sont pas « récupérés » à temps.[xii]

Enfin, et c’est sûrement pour le gouvernement tchadien le problème le plus préoccupant, les relations entre N’Djamena et Tripoli risquent de ne plus jamais être les mêmes. Les accusations du président Déby sur la présence, réelle ou fictive, d’Al-Qaïda auprès des insurgés de Benghazi, ne sont, rien moins que la réponse à une autre accusation sur l’existence de « réseaux » tchadiens coordonnant, depuis le Nord du pays, un soutien militaire actif à Kadhafi.[xiii] En évoquant la présence auprès des insurgés libyens de membres de la branche maghrébine d’Al-Qaïda, accusés par avance de vouloir déstabiliser le Tchad et les autres Etats du Sahel, le président Déby a tenté de parer les critiques suscitées par sa loyauté initiale envers Kadhafi. Si au cours de ses vingt ans de règne, Idriss Déby a trouvé auprès de la France son principal soutien extérieur, la Libye fait figure d’allié numéro 2 tant au plan financier que politique. La chute de plus en plus inéluctable du dirigeant libyen signifie la perte d’un allié essentiel qui, entre impérium et manipulations, a néanmoins facilité la cooptation de nombreux opposants.

On ne saura pas toute la vérité sur ces « réseaux » qui, après l’intervention de l’OTAN, sont devenus de plus en plus gênants. L’hypothèse de leur coordination depuis le sommet de l’Etat tchadien n’est pas clairement établie, même si la connivence entre Daoussa Déby, frère du chef de l’Etat et ambassadeur à Tripoli et le pouvoir libyen n’est pas récente.[xiv] Il n’en demeure pas moins que cette « hypothèse » a alimenté une hostilité réciproque entre le Tchad et la coalition anti-Kadhafi regroupée au sein du CNT, hostilité qui annonce l’instauration d’une « relation autre » avec le puissant voisin du nord.

A plusieurs reprises, le CNT a accusé le Tchad du terme peu enviable de mercenariat, ce à quoi celui-ci a répondu en émettant des doutes sur la capacité (ou la volonté) du CNT d’être un véritable rempart contre le terrorisme islamiste qui menace le Sahel (sous-entendu comme l’a été Mouammar Kadhafi).[xv] Ces échanges d’amabilité laisseront des traces et c’est un régime hostile à N’Djamena dès ses débuts qui risque de s’installer à Tripoli, forçant Idriss Déby à repenser ses alliances régionales.

La crise libyenne n’est pas la première tempête régionale que doit traverser le régime d’Idriss Déby. Depuis vingt ans, celui-ci a fait preuve d’une remarquable faculté d’adaptation face aux mutations et soubresauts de son environnement régional. Néanmoins, N’Djamena observe avec une appréhension certaine le déroulement des événements qui sont en train de décider de l’avenir de son plus important voisin et partenaire, conscient qu’une instabilité durable de la Libye ou/et un régime hostile à Tripoli pourrait se révéler aussi dangereuse pour sa politique intérieure que pour sa géopolitique régionale.

L’opposant Abdéramane Koulamallah regagne le bercail et arrêté par le régime.

Abdéramane Koulamallah, opposant armé et porte-parole de l’Union des Forces pour la Résistance (UFR), vient de fouler le sol Njaménois, hier, mardi, le 07 juin 2011. Ce retour est intervenu, après six ans d’exil.

C’est le médiateur national, Abdéramane Moussa qui a accueilli, l’ex-porte-parole de l’UFR. « Si c’était à refaire, je ne le referai pas », tels sont les propos phares prononcés par l’opposant à la presse. Ce dernier demande, par ailleurs, pardon au peuple tchadien pour toutes les conséquences fâcheuses que la rébellion a entraînées au Tchad.

Rappelons que depuis que le Tchad et le Soudan ont normalisé leurs relations diplomatiques, le 15 janvier 2010, en mettant en place une force mixte à leurs frontières et en retirant leurs soutiens aux différents groupes rebelles qu’ils appuyaient, la messe semble dite pour l’avenir des politico-militaires à l’Est du Tchad.

Abdéramane Koulamallah, ex-porte-parole de l’Union des Forces pour la Renaissance (UFR), rentré d’exil de Paris, le 07 juin dernier, a été arrêté un jour après son arrivée à N’Djaména .Il a été appréhendé par la direction générale de la police judiciaire et est passé devant le procureur de la République.

Cette arrestation est la résultante de la condamnation par contumace à perpétuité de l’ex opposant par la justice tchadienne, peu de temps après l’assaut des rebelles tchadiens venus du Soudan, en février 2008.

Rappelons qu’après cette offensive infructueuse de la coalition rebelle sur N’Djaména, plusieurs chefs rebelles ont été condamnés pour divers chefs d’inculpation.

L’arrestation d’Abdéramane Koulamallah rappelle curieusement celle du chef rebelle Tahir Guinassou et Cie qui, une fois rentrés en 2010, furent appréhendés par la justice, avant d’être graciés par le chef de l’Etat.

Il est fort probable que ce scénario se répète, comme pour montrer que tout compte fait, le président Idriss Déby Itno a le droit de vie et de mort sur ces ex-rebelles, plus que fragilisés. Deuxième enseignement, si cette hypothèse se réalise, ce serait un signal fort à la communauté internationale comme quoi, la justice tchadienne est indépendante et que Déby, en tant que chantre de la réconciliation nationale, peut toujours accorder son pardon.

Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric

mercredi 8 juin 2011

L’opposant Abdéramane Koulamallah regagne le bercail

Abdéramane Koulamallah, opposant armé et porte-parole de l’Union des Forces pour la Résistance (UFR), vient de fouler le sol Njaménois, hier, mardi, le 07 juin 2011. Ce retour est intervenu, après six ans d’exil.
C’est le médiateur national, Abdéramane Moussa qui a accueilli, l’ex-porte-parole de l’UFR. « Si c’était à refaire, je ne le referai pas », tels sont les propos phares prononcés par l’opposant à la presse. Ce dernier demande, par ailleurs, pardon au peuple tchadien pour toutes les conséquences fâcheuses que la rébellion a entraînées au Tchad.
Rappelons que depuis que le Tchad et le Soudan ont normalisé leurs relations diplomatiques, le 15 janvier 2010, en mettant en place une force mixte à leurs frontières et en retirant leurs soutiens aux différents groupes rebelles qu’ils appuyaient, la messe semble dite pour l’avenir des politico-militaires à l’Est du Tchad.

Déby refuse la démocratie au Tchad

Saleh Kebzabo revient sur les raisons qui l'ont conduit à boycotter la présidentielle du 25 avril au Tchad. L'opposant du président Idriss Déby dénonce les menaces sur la démocratie.

Fallait-il encore boycotter la présidentielle du 25 avril 2011 après celle de 2006 au Tchad? L’opposition ne court-elle pas le risque d’une nouvelle marginalisation? Ce sont les questions qui se posent, aujourd’hui encore, après l’annonce de la réélection d’Idriss Déby alors que nous avions décidé, nous, les «poids lourds» de l’opposition, de suspendre notre participation au scrutin.

Tout a commencé avec le fiasco des législatives du 13 février 2011. Ce jour-là en effet, les Tchadiens se sont massivement rendus aux urnes mais le scrutin a été entaché de graves irrégularités, pour certaines imputables à l’incapacité de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), pour d’autres à une fraude massive du parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS).

Désaccords sur la carte d'électeur

Au vu des résultats et des faits incriminés, les candidats à la présidentielle ont saisi la Céni d’une requête en cinq points considérés comme des préalables: l’édition d’une nouvelle carte d’électeur dans une autre couleur, l’impression de bulletins de vote numérotés, la non-immixtion de l’administration dans le processus électoral, le réaménagement des démembrements intérieurs et extérieurs de la Céni et la livraison sur site du matériel électoral au moins trois jours avant le jour du scrutin.

Dans les jours qui ont suivi, tous les candidats ont eu deux séances de travail avec la Commission électorale et le président Idriss Déby Itno. Apparemment, la question concernant la carte électorale a constitué le point d'achoppement. Combien de temps cela prendra-t-il et ce délai n’empièterait-il pas sur les délais constitutionnels? Face aux autres candidats, Idriss Déby Itno a en effet accédé à tous les points, sauf le premier. Les deux camps se sont retranchés dans leur position sans faire la moindre concession.

Le camp présidentiel rappelle la Constitution: le candidat élu doit impérativement prêter serment le 8 août, pas un jour de plus, et la proposition d’une nouvelle carte prorogerait ce délai d’au moins trois mois et, selon lui, c’était inacceptable. Deux des candidats, Pahimi Padacke Albert et Nodji Madou, ont cédé et rallié cette position (ils sont considérés comme proches du parti au pouvoir).

Les trois autres, Kamougué Wadal Abdelkader, Yorongar Ngarléjy et moi-même, avons argumenté. Il est curieux que le président Déby, qui a tordu le cou à la Constitution en 2006, s’en fasse aujourd’hui un vaillant défenseur (Déby a notamment supprimé la limitation du nombre de mandats pour pouvoir se présenter autant de fois qu’il le souhaitait)! D’ailleurs nous avons soutenu l’idée non pas d’une révision constitutionnelle mais d’une simple loi qui prorogerait le mandat sans porter atteinte aux pouvoirs actuels du président. Puisqu’il a été démontré que la carte d’électeur a été la pièce maitresse de la fraude lors des législatives, nous n’entendions pas servir de faire-valoir ou d’accompagnateur à la présidentielle avec la même carte.

Le verdict des urnes fait peur à Déby

Les discussions ont au moins permis de régler les questions financières: les participants ont vu leurs dépenses de campagne et les frais des délégués des bureaux de vote pris en charge, soit environ 250.000.000 F.CFA (environ 380.000 euros).

De ce qui précède, il est évident que l’accord du 13 août 2007 (PDF) signé entre la majorité et l’opposition —sur lequel tous les espoirs étaient fondés— a fondu comme neige au soleil. De mon point de vue, la faute en revient au camp présidentiel qui vient de faire la démonstration qu’il n’était pas encore prêt à accepter les règles démocratiques. Nous avons en effet fait la preuve aux législatives que le pays était majoritairement avec l’opposition et c’est cette perspective qui a fait peur au président Déby lors de la présidentielle. Dans ces conditions, il est fort à parier que l’heure de l’alternance par les urnes n’est pas prête de sonner au Tchad.

Saleh Kebzabo

mardi 7 juin 2011

CAMEROUN: Biya tente de crédibiliser sa réélection

Assuré de sortir vainqueur de la présidentielle qui se tiendra en octobre, le chef de l’Etat Paul Biya tente coûte que coûte de donner un contour pluraliste au scrutin… en séduisant ses adversaires. Vieille ficelle électorale.
La présidentielle d’octobre ne devrait pas représenter une menace pour Paul Biya. Mais l’homme fort du Cameroun, 78 ans, tient à donner une image démocratique et pluraliste à cette consultation. Pas inutile en ces temps de contestation généralisée. Cette stratégie repose sur des appels du pied envers les principaux leaders de l’opposition pour les amener à prendre part au vote, à commencer par le président du Social Democratic Front (SDF), John Fru Ndi. Le 20 mai, ce dernier a participé pour la première fois depuis vingt ans au défilé de la fête nationale. En contrepartie, ces opposants pourront compter sur un renvoi d’ascenseur de la part du régime sortant. En ce qui concerne le leader du SDF, il s’agirait d’une reconnaissance officielle comme chef de l’opposition, un statut auquel John Fru Ndi, ancien militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), tient dur comme fer.
 
Ancien premier ministre et actuel ministre d'Etat chargé des transports, le président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), Bello Bouba Maïgari, pourrait lui aussi se déclarer candidat. Considéré comme l'héritier politique de l’ex-président Ahmadou Ahidjo, ce Peul originaire du Nord n’a jamais caché ses intentions de vouloir diriger le Cameroun, mais "seulement après Biya".
 
Pour sa part, l’ex-ministre Henri Hogbé Nlend pourrait être le porte-étendard de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Décrit comme un proche du ministre français des affaires étrangères et maire de Bordeaux, Alain Juppé, Hogbé Nlend avait été introduit dans les réseaux de la droite française par l’ancien premier ministre Jacques Chaban-Delmas. Pour envisager de se porter candidat, Christopher Fomunyoh, qui officie actuellement aux Etats-Unis comme représentant pour l’Afrique au National Democratic Institute, revendique un maroquin dans le gouvernement post-élection.
 
Pour donner un tour encore plus crédible à la consultation, le régime de Biya tente parallèlement de coopter certaines personnalités réputées pour leur indépendance d’esprit, à l'instar de l'archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi, ou du cinéaste Bassek Ba Kobhio, afin qu’elles deviennent membres d’Elections Cameroon (Elecam). Cet organe chargé de la supervision et du contrôle du scrutin fait également l'objet de nombreuses critiques.

Un cadre de l'opposition politico-militaire rallie le pouvoir despotique de N'djamèna

Après plusieurs mois de discussion avec les émissaires d'Idriss Déby Itno Kamiss, l'ex-porte parole de l'UFR décide de rentrer ce jour 07 juin 2011 à N'djamèna par le vol d'air-France